Dormir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

I.
( je dors, nous dormons ; je dormais, nous dormions ; je dormis ; je ai ; je ais ; dors, dormons ; que je dorme ; que je dormisse ; dormant ; dormi ). XII e siècle. Du latin dormire, « ».

I. Être en état de sommeil. Avoir envie de . Il commence à . Dormir d'un sommeil léger, agité, d'un profond sommeil. Faire semblant de . Ne la dérangez pas, elle dort. Je n'ai pas dormi de la nuit. J'ai dormi deux heures. Le chat dort au coin de la cheminée. Par méton. La maison dort jusqu'à sept heures du matin. Dès la nuit tombée, la ville dort. Transt. Litt. et vieilli. Dormez votre sommeil. Fam. Dormir un bon somme, un petit somme. Dormir sa nuit. Par euphémisme. Litt. Reposer dans la mort. Dormir de son dernier sommeil ou, transt., son dernier sommeil. C'est dans ce cimetière que dorment ses parents.

II. Par anal.
1. Demeurer inactif au lieu de travailler, au lieu d'agir. Dormir sur son travail, travailler sans hâte, sans entrain. Fam. Il faut te remuer, ce n'est pas le moment de . Par ext. En parlant de sentiments, de passions, etc. Réveiller un souvenir qui dormait dans la mémoire. Un amour qui dort, mais n'est pas encore oublié. Fig. Demeurer ou sembler demeurer immobile, silencieux. Tout dort dans la maison. Le feu dort sous la cendre. Litt. Le jardin dort sous le soleil de midi.
2. Rester inemployé ; être improductif. La vieille voiture dormait depuis trente ans au fond du garage. Un vieux rouet dort dans un coin du grenier. Son argent, ses capitaux dorment, ils ne sont pas investis, ils ne produisent aucun revenu. Laisser ses capitaux, les laisser improductifs.
3. Être négligé, oublié, à l'abandon. Le dossier de cette requête dormait dans les cartons du ministère. Laisser une affaire, ne pas s'en occuper, ne pas y donner suite, ne pas la réveiller. Spécialt. Laisser un ouvrage, cesser de s'en occuper, dans l'intention de le reprendre plus tard.
4. En parlant d'une eau. Stagner, sembler immobile. Les eaux du canal dorment sous les arches du pont. L'étang dort au creux du vallon.
5. Par anal. En parlant de certaines plantes. Contracter ses feuilles ou fermer ses corolles pendant la nuit. La belle-de-jour dort la nuit. Être en état de dormance. La végétation dort en hiver.

III. Expressions et proverbes. Avec l'idée de sommeil profond. Dormir à poings fermés. Dormir comme un loir, comme une marmotte. Dormir comme une souche, comme un sabot, comme une bûche. Dormir d'un sommeil de plomb. Dormir du sommeil du juste, comme un bienheureux, d'un sommeil innocent et paisible. Expressions évoquant la façon de se livrer au sommeil. Dormir debout, éprouver une irrésistible envie de , au point de s'assoupir à chaque instant. C'est un conte, une histoire à debout, un tissu de balivernes, de mensonges, d'extravagances. Dormir à la belle étoile, passer la nuit en plein air. Dormir en chien de fusil, le corps recroquevillé sur lui-même. Expressions figurées évoquant l'état d'esprit d'une personne. Dormir sur ses deux oreilles, être sans inquiétude. Ne que d'un œil, les yeux ouverts, en lièvre, en gendarme, rester sur le qui-vive, même pendant le temps où l'on repose. Il n'en dort pas, il n'en dort pas de la nuit, il n'en dort plus, se dit d'une personne obsédée par une difficulté, un souvenir, un sentiment, etc. Prov. Qui dort dîne, voir . La fortune vient en dormant, sans que l'on ait rien fait pour le mériter. Il n'est pire eau que l'eau qui dort, il faut se méfier de ceux qui cachent leur mauvaise nature sous les dehors les plus rassurants. Il ne faut pas réveiller le chat qui dort, il ne faut pas réveiller une ancienne passion, une ancienne querelle.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je dors; nous dormons. Je dormais. Je dormis. Je ai. Dors. Que je dorme. Que je dormisse. Dormant. Dormi.") Être dans le sommeil. "Dormir d'un profond sommeil. Il ne dort ni jour, ni nuit. Il dort profondément. Avoir envie de . Faire semblant de . Dormir sur un lit, sur un canapé, dans un fauteuil."
"Dormir d'un bon somme, de bon somme," Dormir d'un sommeil tranquille.
On dit aussi, transitivement, "Dormir un bon somme. Dormez votre sommeil."
Fam., "Dormir la grasse matinée," Dormir bien avant dans le jour, se lever fort tard.
Par exagération, "Dormir debout, tout debout," Éprouver le besoin du sommeil au point de s'assoupir même sans être couché ou assis.
"Conte à debout." Voyez CONTE.
Prov. et fig., "Qui dort dîne," Le sommeil tient lieu de nourriture.
Fig., "Le bien, la fortune lui vient en dormant," se dit en parlant d'une Personne qui devient riche sans rien faire.
"Éveiller le chat qui dort." Voyez CHAT.
Fig. et fam., "Cette toupie, ce sabot dort," se dit d'une Toupie, d'un sabot qui tourne si vite que le mouvement en est imperceptible.
Pop., "Dormir comme un sabot," Dormir profondément et sans aucun mouvement.
Fam., "Dormir comme une marmotte," Dormir longtemps et profondément. On dit de même "Dormir comme un loir."
Fig. et fam., "Dormir sur les deux oreilles," Être en pleine sécurité. "Je veillerai à votre affaire, dormez sur les deux oreilles."
Fig. et fam., "Ne que d'un oeil," Être sur le qui-vive. Ou dit aussi "Dormir les yeux ouverts."
Fig. et fam., "Il n'en dort pas," se dit de Quelqu'un qui est tenu en éveil par une vive espérance ou une crainte incessante.
Fig., "Laisser ses capitaux, ses fonds," Ne pas les faire valoir. "Laisser un ouvrage," Le garder pendant quelque temps, pour en juger mieux quand l'imagination sera refroidie. "Laisser une affaire," Ne pas y donner suite, ne pas la réveiller.
Il se dit encore figurément des Eaux qui n'ont point de mouvement, ou dont le mouvement est imperceptible. "Il fait beau pêcher où l'eau dort."
Prov. et fig., "Il n'y a pire eau que l'eau qui dort," se dit de Quelqu'un qui cache ses desseins, sa vraie nature.



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Reposer dans le sommeil. Il dort profondément. Le malade va mieux, il a dormi d'un bon somme. Il dormait quelquefois dans le jour.
CORN.: « Pourras-tu dans son lit en assurance ? »
SCARRON: « Trop fait mal à la tête, Et trop c'est vivre en bête »
LA FONT.: « Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette, Dormait alors profondément »
LA FONT.: « Cette réflexion embarrassant notre homme, On ne dort pas, dit-il, quand on a tant d'esprit »
LA FONT.: « T'attendre aux yeux d'autrui, quand tu dors, c'est erreur »
LA FONT.: « Je ne ai point sous de riches lambris ; Mais voit-on que le somme en perde de son prix ? »
BOILEAU: « Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville »
BOILEAU: « C'est là que le prélat, muni d'un déjeuné, Dormait d'un léger somme, attendant le dîné »
RAC.: « Mais tout dort et l'armée et les vents et Neptune »
LA BRUY.: « La vie est un sommeil ; les vieillards.... ont eu un songe confus, informe et sans aucune suite ; ils sentent néanmoins, comme ceux qui s'éveillent, qu'ils ont dormi longtemps »
VOLT.: « Tout dort, tout est tranquille ; et l'ombre de la nuit.... »
SÉGUR: « La nuit finissait, il était quatre heures, tout dormait encore dans les bivouacs de Delzons, hors quelques sentinelles, quand tout à coup.... »
    Dormir à bâtons rompus, être réveillé, se réveiller plusieurs fois sans pouvoir faire un somme continu.
    Dormir comme un loir, beaucoup, profondément, à cause que le loir est un animal hibernant, qui dort plusieurs mois de suite pendant l'hiver. On dit de même, comme une marmotte.
    Dormir comme une souche, être profondément endormi.
    Dormir tout debout, ou, simplement, debout, n'en pouvoir plus de sommeil, être accablé par le sommeil, au point de s'assoupir sans être couché ou assis.
    Conte à debout, propos fabuleux qui ne méritent aucune créance.
SÉV.: « Voilà ce qui s'appelle des contes à debout »
SÉV.: « Les contes à debout que l'on vous fait »
    Dormir sur l'une et l'autre oreille, et, plus souvent, sur les deux oreilles, profondément, et, figurément, être plein de sécurité.
LA FONT.: « .... Je lui conseille De , s'il se peut, d'un et d'autre côté »
    Dans un sens opposé, ne que d'un oeil, être en une vigilance inquiète.
LA FONT.: « Certain jaloux ne dormant que d'un oeil »
    Dormir en lièvre, les yeux ouverts, et, figurément, être toujours sur le qui-vive.
LA FONT.: « Cette crainte maudite M'empêche de sinon les yeux ouverts »
    Il n'en dort pas, se dit d'un homme qu'une vive espérance, une crainte incessante, une préoccupation assiége constamment.
    Fig.
CORN.: « Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre »

 2   Dormir se dit aussi de ce qu'on a nommé le sommeil des plantes.
DELILLE: « Le soir, de nos jardins parcourez les carreaux ; Voyez, ainsi que nous, sur leurs tiges baissées S'assoupir de ces fleurs les têtes affaissées, Et, dormant au lieu même où veilleront leurs soeurs, Du nocturne repos savourer les douceurs »

 3   Dans le langage biblique, avec une femme, passer la nuit avec elle.
SACI: « Sa maîtresse [de Joseph] le prit par son manteau, et lui dit encore : Dormez avec moi »

 4   Dormir construit avec des substantifs et ayant en apparence, mais en apparence seulement, le sens actif. Le malade a dormi plusieurs heures de suite.
    Dormir la grasse matinée (c'est-à-dire pendant la grasse matinée), jusqu'à onze heures ou midi. Vous deviez être au lit toute cette journée, Ou tout du moins la grasse matinée, POISSON, le Fol raisonnable, dans LE ROUX, Dict. comique
    Dormir sa réfection, autant qu'on en a besoin, c'est-à-dire autant que la réfection l'exige.
MOL.: « Le sommeil est nécessaire à l'homme ; et lorsqu'on ne dort pas sa réfection il arrive que.... »

 5   Dans le style élevé, il se dit du sommeil de la mort.
BOSSUET: « Elle va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines, pour y dans la poussière avec les grands de la terre, avec ces rois et ces princes anéantis.... »
SACI: « Vous serez vous-même réduit en poudre au milieu des incirconcis, et vous ez avec ceux qui ont été passés au fil de l'épée »
MASS.: « Ses vices ont avec lui dans la poussière du tombeau »
DUCIS: « ....c'est ici que dorment nos aïeux »
M. J. CHÉN.: « J'ai suivi mon époux jusqu'aux tombes sacrées Où dorment des Césars les cendres révérées »
A. DE MUSSET: « Les morts dorment en paix dans le sein de la terre ; Ainsi doivent nos sentiments éteints »

 6   Fig. Être en repos, en sécurité.
MIRABEAU: « Nous ne connaissons que notre confiance dans le ministre et le malaise que nous éprouvons : nous ne dormons que parce qu'on dort au pied du Vésuve »

 7   Fig. Ne point agir quand on devrait le faire.
MOL.: « Aux menaces du fourbe on doit ne point »
HAMILT.: « L'habitude de se laisser voler par ses domestiques, jointe à la vigilance du coupable, à qui son maître ne pouvait reprocher d'avoir dormi dans son service, le portèrent à la clémence »
VOLT.: « Tu dors, Brutus, et Rome est dans les fers »
DUCIS.: « Dans tous les lieux, sans cesse, ouvrant l'oeil et l'oreille, En paraissant le gouvernement veille »
    En matière féodale, quand le vassal dort, le seigneur veille, ou quand le seigneur dort, le vassal veille, c'est-à-dire quand l'un des deux néglige d'user de ses droits, l'autre en profite.
    Familièrement. Cet homme ne dort pas, se dit d'un homme à l'affût de toutes les circonstances qui lui sont favorables.
    Dormir sur une affaire, la conduire lentement, doucement.
    Laisser un ouvrage d'esprit, attendre pour en mieux juger que l'imagination soit refroidie.
BÉRANG.: « Oui je dormais sur un petit volume Qui me vaudra d'être encore étrillé »
    Laisser une affaire, attendre pour y donner suite.
    Laisser les lois, en suspendre momentanément l'exécution.
J. J. ROUSS.: « Sparte elle-même a laissé ses lois »
    Laisser ses fonds, ses capitaux, ne pas les faire valoir.
    Laisser noblesse, se disait autrefois lorsqu'un gentilhomme, qui voulait faire le commerce, déclarait qu'il n'entendait être commerçant que pendant un certain temps.

 8   Rester immobile, être sans mouvement, en parlant des choses. Il fait beau pêcher où l'eau dort.
    On dit qu'un sabot, qu'une toupie dorment, quand le mouvement qui les anime est si rapide qu'ils semblent immobiles.
    Fig. Dormir comme un sabot, profondément.
    Terme de marine. On dit que le sablier dort, quand on a oublié de le retourner ; qu'une rose des vents dort, quand elle ne tourne pas, le bâtiment changeant de route. Laisser l'horloge, oublier de la remonter.

 9   V. a. Dans le langage élevé et dans cette seule locution, son sommeil.
BOSSUET: « Dormez votre sommeil, riches de la terre, et demeurez dans votre poussière »
SACI: « Tous les riches ont dormi leur sommeil, et, lorsqu'ils se sont éveillés, ils n'ont rien trouvé dans leurs mains »
    Par une même figure grammaticale, mais dans le langage familier, un bon somme, avoir un bon sommeil pendant un long espace de temps.
    C'est par analogie de cet emploi que A. de Musset a hasardé dormi au passif : Suis-je pas belle encor ? pour trois nuits mal dormies Ma joue est-elle creuse et mes lèvres blêmies ? dans le Dict. de POITEVIN.
    On trouvera à l'historique : une éternelle nuit. Cela pourrait aussi très bien se dire.

 10   S. m.
LA FONT.: « Le long est exclu de ce lieu »
LA FONT.: « Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le Comme le manger et le boire »

PROVERBES
    Il n'y a pas de pire eau que celle qui dort, c'est-à-dire il faut se défier des gens qui ne manifestent rien de ce qu'ils ressentent.
MOL.: « Mais il n'est, comme on dit, pire eau que l'eau qui dort »
    Qui dort dîne, c'est-à-dire en dormant on s'engraisse aussi bien qu'en mangeant. Ce proverbe se prend aussi dans un sens moqueur, pour reprocher l'indolence à un paresseux, et lui faire entendre que, s'il ne travaille pas, il ne dînera qu'en songe.
    Le bien, la fortune lui vient en dormant, c'est-à-dire il devient riche sans rien faire.
REGNARD: « Les biens nous viennent en dormant, je vous assure »
    Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c'est signe de mort.
    Il ne faut pas réveiller le chat qui dort, il ne faut pas renouveler une méchante affaire qui est assoupie. à l'historique, on trouve : réveiller le chien qui dort, ce qui est mieux.

REMARQUE
    Les douze heures que j'ai dormi et non dormies. L'apparence de verbe actif disparaît quand on restitue l'ellipse : Les douze heures pendant lesquelles j'ai dormi.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. LV: Charles se dort, li empereres riches
     ib. CLXXX: Par touz les prez or se dorment li Franc
    XIIème siècle
     Ronc. p. 163: Que il m'avint anuit [cette nuit] en mon dormant
     Couci: Ne fausse amors ne veut que s'entremete De moi laisser ne reposer
     Liber psalm. p. 101: Il ent lur somne
     Machabées, I, 6: Li s est partiz de mes eauz [yeux]
    XIIIème siècle
H. DE VALENC.: « Là ent la nuit »
     Berte, XIII: Anuit avecques moi [je] ferai Bertain
     ib. XLI: De peine et de travail [elle] dort si ferm et si dur
     Liv. des mét. 213: Nus selier ne autres ne doit sele tainte garnie livrer, devant que ele est esté vernicie, se ce n'est sele dormant
     la Rose, 13664: Trop de ledes choses aviennent à ceux qui tex [tels] s maintiennent
JOINV.: « L'en [on] se dort le soir [dans une navigation] là où en [on] ne scet se l'en se trouvera ou fons de la mer »
    XIVème siècle
ORESME: « Quant l'en dort, il ne appert pas ne n'est manifeste qui est bon ou qui est malvois »
ORESME: « Celui qui dort ne vit pas, fors de tele vie comme vit une plante »
     Liv. du bon Jehan, 1033: Mais Jehan tint leurs parolles Droictement comme frivolles, Et leur disoit : Vous faictes tort ; Vous esveillez le chien qui dort
    XVème siècle
FROISS.: « Le deable, qui oncques ne dort, resveilla ceux de Bruges »
     Bouciq. II, ch. 22: Nos gens ne ent mie, ains saillirent contre eux par grande hardiesse à qui mieulx mieulx
     Hist. de Louis III, duc de Bourbon, p. 371, dans LACURNE: Il fit faire sa sepulture pour ses jours
LOUIS XI: « Et tant fit qu'il se trouva en la chambre où la levriere se dormoit »
    XVIème siècle
DU BELLAY: « L'esprit troublé de mon cher pere Anchise En mon dormant haste mon entreprise »
DU BELLAY: « Filz de deesse, en quelle seureté Es-tu icy au arresté Si longuement ? »
DU BELLAY: « Mais quand l'homme a perdu ceste douce lumiere, La mort luy fait une eternelle nuict »
LANOUE: « Nos voisins ne dorment pas, et n'ont que trop de connoissance de nos desordres »
AMYOT: « Agesilaus dit que pour ce jour là il falloit laisser les loix »
RONS.: « Les vents sont assoupis, les bois dorment sans bruit »
LEROUX DE LINCY: « Qui dort grasse matinée, trotte toute la journée »
LEROUX DE LINCY: « Trop cause mal vestir »
MENARD: « L'autre sauvage qui avoit cependant dormy [perdu connaissance] du coup que le chevalier du dragon lui avoit donné, Don Flores de Grece, f° CXX, dans LACURNE. Neantmoins en y avoit-il bien de telx qui eussent eu grand mestier [besoin] de le vin qu'ilz avoient beu à oultrage »
     la Marguerite des marguerites, cité dans Revue de l'Instr. publique, 19 juin 1862, p. 186: Essuyez de tristes yeux Le long gemir ; Et me donnez pour le mieux Un doux

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. dremi ; Berry, dourmir ; provenç. , durmir ; espagn. ; ital. e ; du latin e. Dans l'ancienne langue, prend la forme réfléchie, comme d'autres verbes neutres la prenaient et la prennent encore. La conjugaison je dors, tu dors, il dort, etc. n'est point, dans la vérité, une irrégularité ; ces formes suivent la conjugaison latine : dórmio, dórmit, etc. où l'accent est sur dor.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE DORMIR. Ajoutez :

 11   Il se dit d'un végétal pendant le temps où la séve n'a pas de mouvement.
PELLET: « Je conseille aussi l'échaudage, pratiqué lorsque la vigne dort, comme complément de l'épontage »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je dors, tu dors, il dort; nous dormons, vous dormez, ils dorment. Je dormais. Je dormis. J'ai dormi. Je ai. Dors. Que je dorme. Que je dormisse. Dormant.") Reposer, être dans le sommeil. "Dormir d'un profond sommeil. Dormir le jour, la nuit, de jour, de nuit, jour et nuit. Il ne dort ni jour ni nuit. Il dort profondément. Avoir envie de . Faire semblant de . Dormir sur un lit, sur un canapé, dans un fauteuil. Le lièvre dort ordinairement les yeux ouverts."
"Dormir d'un bon somme, de bon somme," Dormir d'un sommeil tranquille; et, "Dormir un bon somme," Dormir longtemps. Dans cette dernière phrase, "Dormir" s'emploie activement.
Fam., "Dormir la grasse matinée," Dormir bien avant dans le jour, se lever fort tard.
Par exagérat., "Dormir debout, tout debout," Éprouver le besoin du sommeil au point de s'assoupir même sans être couché ou assis.
Fig. et fam., "Conte à debout," Récit ennuyeux ou qui ne mérite aucune attention.
Fig. et fam., "Dormir sur une affaire," Prendre du temps pour en délibérer.
Prov. et fig., "Qui dort dîne," Le sommeil tient lieu de nourriture.
Prov. et fig., "Le bien, la fortune lui vient en dormant," se dit en parlant D'une personne qui devient riche sans rien faire.
Prov. et fig., "Éveiller le chat qui dort," Réveiller une mauvaise affaire qui était assoupie, ou Chercher un danger qu'on pouvait éviter. "Il ne faut pas éveiller le chat qui dort. N'éveillez pas le chat qui dort."
Fig. et fam., "Cette toupie, ce sabot dort," se dit D'une toupie, d'un sabot qui tourne si vite, que le mouvement en est imperceptible.
Prov. et pop., "Dormir comme un sabot," Dormir profondément et sans aucun mouvement.
Fam., "Dormir comme une marmotte," Dormir longtemps et profondément.
Fig. et fam., "Dormir sur les deux oreilles, sur l'une et l'autre oreille," Être en pleine sécurité. "Je veillerai à votre affaire, dormez sur les deux oreilles."
Fig., "Laisser ses capitaux, ses fonds," Ne pas les faire valoir.
Fig., "Laisser un ouvrage," Le garder pendant quelque temps, pour en juger mieux quand l'imagination sera refroidie.
Fig., "Laisser une affaire," Ne pas y donner suite, ne pas la réveiller.
Fig., "Laisser noblesse," se disait autrefois Lorsqu'un gentilhomme qui voulait faire le commerce, déclarait, pour ne point perdre sa noblesse, qu'il n'entendait faire le commerce que durant un certain temps.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore figurément Des eaux qui n'ont point de mouvement, ou dont le mouvement est imperceptible. "Il fait beau pêcher où l'eau dort."
Prov. et fig., "Il n'y a point de pire eau que l'eau qui dort," Les gens sournois et taciturnes sont ceux dont il faut le plus se défier.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, figurément, Ne point agir quand on le devrait, agir négligemment. "Il devrait faire des démarches très-actives, mais il dort. Tu dors, Brutus."
En Matière féodale, on disait, "Quand le vassal dort, le seigneur veille," et "Le vassal veille quand le seigneur dort," pour exprimer que, Quand l'un des deux négligeait d'user de ses droits, l'autre en profitait.
Fam., "Cet homme ne dort pas," Non-seulement il ne néglige pas ses intérêts, mais encore il cherche à profiter de toutes les occasions qui peuvent le servir.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie quelquefois substantivement, dans le sens propre. "Cette affaire l'occupe à un tel point, qu'il en perd le ."




Emplacement dans le dictionnaire :

doreur
dori
dorique
dorloter
dorman
dormant
dormeur
dormeuse
dormille

dormitif
dormition
doroir
doronic
dorsal
dorsay
dorsch
dortoir
dorure
doryphore
dôs




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